Les Signes de Reconnaissance : l’énergie pour faire et exister !

Eric Berne, le créateur de l’Analyse Transactionnelle, a utilisé le vocable « Stroke » pour désigner une unité fondamentale d’interaction sociale consistant principalement à « reconnaitre » l’existence de l’autre. Nous l’avons traduit en français par « Signe de Reconnaissance ».

Un Signe de Reconnaissance peut être verbal ou non-verbal, direct ou indirect, positif ou négatif. Il peut être concrétisé par un regard, une poignée de mains, un simple bonjour, mais aussi par un compliment ou un reproche. Car même s’il a une connotation « négative », un Signe de Reconnaissance est néanmoins une façon d’octroyer une importance à l’autre personne, de lui accorder une attention, de la valeur.
Éric Berne a emprunté cette notion aux travaux de René Spitz, psychiatre hongrois spécialiste du développement de l’enfant. Spitz avait remarqué que les nourrissons privés de soins affectifs pendant les premiers mois de leur vie montraient ensuite des difficultés importantes dans l’expression de leur personnalité, dans la gestion de leurs émotions et dans leur capacité de socialisation.
Clairement, l’absence de contact avec les autres est plus déstabilisante et déstructurante encore que des contacts négatifs ou même violents. L’indifférence et le manque de reconnaissance par autrui peuvent être assimilés à un déni d’existence, une véritable forme de maltraitance.
La « reconnaissance » est donc un besoin social essentiel pour l’être humain, qui rassure sur notre importance aux yeux des autres, passage obligé pour se construire une identité adulte, stable et solide.

Les Signes de Reconnaissance sont une sorte d’énergie vitale que nous échangeons les uns avec les autres tout au long de notre vie. Ils renforcent notre estime de nous-mêmes, développent de la confiance en soi et nous renseignent aussi sur ce qui est OK ou Non-OK de dire et de faire dans certaines situations.

Lorsque nous manquons de reconnaissance, soit nous nous replions sur nous-mêmes, nous déprimons, soit nous sommes amenés à crier famine ! Quelqu’un qui manque de reconnaissance (ou qui en a manqué lors de sa construction) risque de tout tenter pour en obtenir, quitte à rechercher les remarques négatives, car c’est toujours mieux que… rien ! Pour avoir un profond et sécurisant sentiment d’exister dans notre environnement social, nous avons besoin de notre dose personnelle et quotidienne de « Strokes », différente pour chacun, en quantité et en types de « strokes » recherchés.

La première bonne nouvelle, c’est qu’on peut « stocker des strokes » !

Les différents types de Signes de Reconnaissance


Le mot anglais « Stroke » est en soi un terme intéressant car ambigu. En effet, selon les contextes, il peut signifier « porter un coup » ou « donner une caresse », d’un point de vue concret ou symbolique. La traduction française exprime moins ces deux aspects.

Néanmoins, les Signes de Reconnaissance (SR) peuvent être « positifs » ou « négatifs » (selon l’intention de l’émetteur et le ressenti du destinataire). Quand ils s’adressent à la personne dans son ensemble, ils sont dits « inconditionnels ». Quand ils concernent plus précisément certains de nos actes, ils sont alors « conditionnels ».

les différents types de signes de reconnaissance

Les SR inconditionnels portent ainsi sur l’individu en général, son identité, son « être », son existence. Pour cette raison, ils sont extrêmement puissants et impliquants.

Les SR inconditionnels et positifs (I+) favorisent l’estime et la confiance en soi. C’est une acceptation globale, un message d’accueil de la personnalité dans son entièreté. Du simple sourire sans raison, juste parce qu’on est content de voir la personne, aux messages d’appréciation pleins de bienveillance, le SR inconditionnel et positif est une importante source d’énergie qui sécurise et dynamise à la fois.
L’écoute active est un Signe de Reconnaissance positif très puissant.

Les SR inconditionnels et négatifs (I-) peuvent avoir un impact destructeur sur l’individu. Si la personne qui les reçoit les prend pour argent comptant, cela peut lui créer un important sentiment de dévalorisation, de mal-être, de perte d’estime de soi. La personne peut se sentir attaquée dans son intégrité psychique et chercher à se défendre, en développant par exemple une réaction de lutte, de contre-attaque, d’agressivité.

Nous traduisons souvent des critiques sur nos comportements ou nos croyances (C-) par des remises en question plus générales sur notre identité (I-). Faire cette distinction peut nous aider à prendre ces remarques avec plus de distance.

De manière générale, tous les signes, même les plus négatifs a priori, peuvent nous servir à progresser, à évoluer, à nous renforcer, à mieux gérer l’adversité, etc.

Les SR conditionnels sont eux en rapport avec les comportements, les attitudes, les réalisations ou les projets… Ils sont « conditionnés » à ce que la personne fait et dit mais ne sont pas « sur » la personne.

Les SR conditionnels et positifs (C+) sont motivants, ils servent de « booster », d’encouragements. Ils expriment la satisfaction, la correspondance entre ce qui était attendu et ce qui a été fait. Par ailleurs, ils renforcent les comportements appropriés au contexte social. Ils récompensent et valorisent les résultats obtenus, les efforts déployés et les compétences mobilisées pour y arriver.

Les SR conditionnels et négatifs (C-) ont aussi un rôle utile dans le développement des capacités et des compétences. Ils permettent de comprendre les effets de nos comportements sur les autres, de s’améliorer, de s’adapter, de changer. Bien sûr, comme tous les autres Signes de Reconnaissance, ils restent subjectifs, chacun ayant son interprétation des situations, ses attentes, ses besoins. Si quelqu’un n’apprécie pas ma façon de travailler et me l’exprime clairement, c’est un SR conditionnel et négatif (C-) mais ce SR peut néanmoins être constructif dans notre relation, que je décide de changer mon attitude ou pas.

Un psychologue chilien, Marcial Losada, a étudié des centaines d’équipes au travail pour voir si l’échange de Signes de Reconnaissance avait une influence sur la productivité. Il en a déduit le « ratio de Losada », qui préconise 3 interactions positives (I+, C+) pour 1 négative (C-).

Les Signes de Reconnaissance passent par différents canaux de communication et chacun a un « canal préférentiel ». Ainsi, pour certains, les signes non-verbaux peuvent être suffisants (regard, sourire, gestes d’approbation…) alors que d’autres auront absolument besoin que les choses soient verbalement exprimées (paroles d’encouragement, compliments, reproches précis et argumentés, moment d’écoute empathique et de compréhension…).

Les qualités d’un bon Signe de Reconnaissance

Pour être de qualité le « stroke » doit être : sincère, dosé, personnalisé, argumenté et approprié.

les qualités d'un signe de reconnaissance

Si la sincérité n’est pas là, notamment lorsque l’on formule un compliment, le risque est que le SR va rapidement être décodé comme une technique de manipulation, provoquant la méfiance, le rejet ou la rupture du lien. Le gentil « baratin » consistant à caresser dans le sens du poil pour obtenir quelque chose est rapidement repéré, et c’est tant mieux !
L’authenticité de la communication est l’élément-clé de son efficacité.

Savoir doser est important. Trop de positif peut embarrasser la personne ou rendre suspecte la démarche. Trop de négatif peut être impossible à gérer pour la personne, qui n’en retirera rien de constructif. Il y a un équilibre à trouver avec chacun, certaines personnes ayant des besoins de reconnaissance différents et des taux d’acceptation variables. Exprimer un Signe de Reconnaissance négatif doit pouvoir se faire rapidement, en quelques mots (« message trop long, message pas bon ! ») et, bien entendu, ne porter que sur les comportements (C-) et non sur l’individu dans sa globalité (I-).

La personnalisation du SR est importante. Si la personne a l’impression que le message reçu est un message « standard », adaptable à n’importe qui, cela fait perdre énormément de sa portée. De même, la personnalisation du SR consiste à le communiquer si possible dans le canal préférentiel de l’interlocuteur.

Un SR argumenté a plus de force car il n’est pas seulement l’expression d’une opinion subjective mais se rapporte aussi à des faits observés et des effets tangibles. Exprimer son agacement concernant un projet en retard (C-) avec le rappel des délais négociés et des conséquences du retard, a forcément plus d’impact que de simplement exprimer… son agacement. Idem pour le C+ : lorsque vous communiquez votre satisfaction vis-à-vis d’un changement opportun, vous pouvez aussi valoriser les comportements précis qui, d’après vous, ont permis d’atteindre ce résultat.

Le SR est approprié (ou justifié) par rapport à la situation. Il est inutile évidemment de complimenter régulièrement quelqu’un qui fait son travail quotidien de façon professionnelle. On peut toutefois le faire de manière choisie, pour lui dire que l’on apprécie le fait qu’il soit autonome et qu’on peut lui faire confiance. Il semble plus approprié de le féliciter lorsqu’il a dû s’adapter à une situation nouvelle ou complexe, qu’il a su mobiliser son expérience, faire preuve de créativité, etc. De plus, il est important de bien choisir le moment, le lieu et les circonstances (éviter les SR négatifs en public évidemment).

L’économie des Signes de Reconnaissance

Chacun peut à la fois en donner, s’en donner, en demander, en recevoir et en refuser. Bien entendu, nous sommes spontanément plus enclins à en demander certains et pas d’autres, à donner davantage des signes positifs ou négatifs, etc.

l'économie des signes de reconnaissance

Au cours de notre vie, nous installons des sortes de « filtres » à Signes de Reconnaissance. Par exemple, si nous manquons de confiance, nous risquons d’avoir du mal à accepter les compliments qui nous mettent mal à l’aise et, paradoxalement, nous accepterons plus facilement les SR négatifs, parce qu’ils renforcent nos croyances sur nous-même. Notre cerveau cherche souvent à confirmer nos hypothèses de départ, dans tous les domaines.

Inversement, certaines personnes sont incapables de gérer les reproches, souvent parce qu’elles transforment les « C- » en « I- ». Un collègue leur fait une remarque sur un élément concernant le travail (C-) et la personne réagit comme si elle avait été attaquée personnellement (I-). Il y a alors une confusion de niveau logique (Comportement Vs. Identité) et l’enjeu n’est donc plus du tout le même pour elle.

Heureusement, le travail sur soi permet de prendre conscience de notre gestion des Signes de Reconnaissance et de renforcer, d’atténuer ou d’enlever certains de nos filtres.

Claude Steiner, proche collaborateur d’Eric Berne et co-développeur de l’Analyse Transactionnelle, a proposé l’idée que l’économie des Signes de Reconnaissance était souvent basée sur une croyance de pénurie, sur le principe de l’offre et de la demande. Il a énoncé 5 croyances limitantes à ce sujet :

  • Ne demande pas les Signes de Reconnaissance dont tu as besoin (« Ils sont trop chers, on ne te les donnera jamais ! »).
  • Ne donne pas les Signes de Reconnaissance que tu souhaites donner (« Tu n’en auras plus ! »).
  • N’accepte pas les Signes de Reconnaissance dont tu as besoin (« En période de disette, il vaut mieux les stocker à la cave que les utiliser »).
  • Ne refuse pas les Signes de Reconnaissance dont tu ne veux pas (« Ceux-là je peux me les offrir, ils sont moins chers »).
  • Ne te donne pas de Signes de Reconnaissance positifs à toi-même (« C’est du gâchis ! »).

La deuxième bonne nouvelle, c’est donc que les SR sont gratuits et potentiellement inépuisables !

En résumé…

Les Signes de Reconnaissance (SR ou « Strokes ») correspondent à un besoin vital pour l’être humain, ils alimentent le sentiment d’exister et notre valeur aux yeux des autres. C’est une source d’énergie personnelle et relationnelle puissante et totalement gratuite.

Mieux vaut obtenir des signes négatifs que pas de signe du tout, l’indifférence s’apparentant à une sorte d’effacement social très stressant.

Les SR peuvent être « inconditionnels », portant sur l’identité individuelle de chacun, ceux-là ont un fort impact sur nous et notre estime personnelle. Ils peuvent aussi être « conditionnels », liés à nos comportements, nous permettant de construire de la confiance et de nous améliorer grâce aux « feedbacks » constructifs de notre environnement.
S’ils sont sincères et adaptés, les Signes de Reconnaissance jouent un rôle clé dans l’entretien de la motivation et pour l’harmonie des relations sociales.

En tant que manager, quels sont les signes que vous donnez le plus souvent ?

Positifs ? Négatifs ? Conditionnels ? Inconditionnels ?

Quels sont ceux dont vous avez vous-même le plus besoin ? Et comment vous les procurez-vous ?

Enfin, êtes-vous dans une organisation où règne la pénurie de Signes de Reconnaissance ou leur abondance sincère ?

Si vous souhaitez vous entraîner à donner – et à recevoir – Signes de Reconnaissance et Feedbacks, participez à l’une de nos formations Gordon Crossings, parmi elles :

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