Psychologie positive : le flow de Csikszentmihalyi

Docteur en psychologie d’origine hongroise, Mihaly Csikszentmihalyi a développé à partir des années 70 le concept de « flow », ou « expérience optimale ». Auteur de nombreux ouvrages qui sont devenus des classiques de la psychologie positive, ses travaux portent sur le sentiment de satisfaction que l’on peut ressentir lorsque tout notre être est pleinement concentré et engagé dans une tache ou une action qui nous remplit.

Le flow de Csikszentmihalyi, une recette du bonheur ?


Mihaly Csikszentmihalyi, le psy du flow

Tout d’abord, pour nous français qui ne savons évidemment pas parler le magyar, il semble que son nom se prononce à peu près ainsi : « Mi-Aïe Sik-Jent-Mi-Aïe » !
Donc, Mihaly Csikszentmihalyi, né en 1934, est un docteur en psychologie d’origine hongroise, arrivé aux USA à l’âge de 22 ans. Il a notamment dirigé pendant 30 ans le département de psychologie à l’université de Chicago.

Ami de Martin Seligman, le président de l’association américaine de psychologie, il est comme lui une figure de proue de la « psychologie positive », qui cherche à explorer les fondements psychologiques du bonheur, du bien-être, de la motivation… En gros, qu’est-ce qui se passe dans notre psychisme quand nous allons bien et, surtout, comment aller encore mieux !

A partir de méthodes d’investigations minutieuses, il a mis au jour dans les années 70 le concept de « flow » (en français « flux » ou « expérience optimale »).
Le terme « flow » vient de l’image formulée par les personnes interviewées et qui présentaient leur expérience en expliquant être « portées par le courant d’une rivière ».

Qu’est-ce que le « flow » ou l’expérience optimale ?

C’est ce que nous désignons parfois comme un « état de grâce », moment dans lequel nous perdons littéralement la notion du temps qui passe, où nous avons l’impression d’être 100% dans ce que nous faisons et de le faire de la meilleure façon possible.
Le cerveau se concentre sur un but motivant tout en mobilisant les capacités et ressources de l’individu vers ce but. Le « flow » conjugue une forte motivation, une concentration maximale, mobilise nos émotions, nos compétences et notre acuité sensorielle pour apprendre et agir de manière performante.
D’après la psychologie positive, les « expériences optimales » sont la clé d’accès à la sensation de bonheur.

Quelles sont les caractéristiques-clés du flow ?

Selon les témoignages recueillis par le chercheur, les ingrédients du « flow » sont multiples :

  • L’existence d’un but stimulant, d’un défi motivant à relever.
  • Une concentration intense, avec une focalisation sur le moment présent, les personnes en état de « flow » parlent d’attention fluide, sans effort ni stress.
  • Une distorsion de la perception temporelle, l’impression d’être « en dehors du temps ».
  • La mobilisation importante des ressources personnelles avec une sensation de contrôle et de puissance vis-à-vis de l’activité ou de la situation (sentiment « d’auto-efficacité »).
  • Un plaisir intense à réaliser l’activité en cours, qui est donc pleinement source de satisfaction en elle-même, l’activité est en fait le but en soi, la motivation est dite « intrinsèque ».
  • Une implication personnelle forte, avec la sensation de ne faire qu’un avec l’action ou l’objet créé, l’impression aussi de transcender/dépasser son égo, de fusionner sa conscience et l’action.

Le flow de Csikszentmihalyi : notre cerveau en pleine efficacité

Csikszentmihalyi pense que notre cerveau, pour éviter l’ennui, le désœuvrement, l’inaction et la déprime, cherche à se concentrer sur des activités à forte valeur ajoutée, mobilisant intensément notre attention et nos ressources. Il résume cela dans ce schéma :

Parmi les ingrédients à réunir pour favoriser l’expérience du « flow », il y a donc la présence d’un but ou défi clairement défini, avec des feedbacks immédiats permettant de s’adapter. Mais il faut aussi que le défi à relever soit à la mesure des compétences. Si le défi n’est pas assez relevé, s’il n’est pas suffisamment stimulant, l’ennui n’est pas loin. Si les compétences ne sont pas à la hauteur du défi, alors la frustration, l’inquiétude et la démotivation guettent.

Csikszentmihalyi a étudié que certains profils de personnalité sont plus susceptibles de vivre des expériences de « flow ». Parmi les traits de caractère observés, citons la persévérance, la curiosité, un faible égocentrisme et une tendance à la motivation intrinsèque (la satisfaction est dans l’action elle-même, dans le plaisir de faire, dans le sentiment d’accomplissement personnel). On parle de « personnalité autotélique ».

Dans quels domaines expérimenter le flow ?

Les loisirs sont évidemment une opportunité rêvée de vivre des expériences de « flow », puisqu’ils sont généralement l’occasion de pratiquer des activités choisies et procurant du plaisir.
A contrario, les loisirs peuvent aussi être destructeurs et peu épanouissants s’ils ne sont que passifs, amenant une entropie psychique. L’apathie s’installe par l’inaction et crée une insatisfaction généralisée.

La condition est donc que ces loisirs soient « actifs », qu’ils réunissent certains éléments précités : défi à relever, mobilisation des ressources et compétences, forte implication personnelle, utilité collective, développement des connaissances, relations sociales positives…

Le travail est aussi bien sûr une très bonne occasion pour expérimenter le « flow ». Pourtant, beaucoup de personnes reprochent au travail quotidien de ne pas spécialement favoriser les expériences optimales, notamment à cause :

  • D’un sentiment d’inutilité, d’exercer un travail qui ne permet pas de développer ses connaissances ou ses compétences, qui a peu d’impact sur la vie collective, voire qui a parfois un impact négatif (sur l’environnement par exemple).
  • D’une impression d’ennui, lorsque les tâches à effectuer sont trop routinières et/ou ne mobilisent pas suffisamment les capacités de la personne.
  • D’un stress trop important, lié à une mauvaise ambiance, à un manque de moyens, à une absence de reconnaissance ou encore à une trop forte pression sur les résultats.

Comment favoriser le « flow » ?

Pour Mihaly Csikszentmihalyi, conscient de ce constat, il faut donc réfléchir à des environnements professionnels plus favorables pour permettre à tous d’accéder plus facilement à des expériences optimales, génératrices de bien-être et de motivation. Pour cela, il propose :

  • Des espaces de travail qui stimule la créativité (travailler debout, décloisonner les services, mettre à disposition du matériel innovant, pratiquer le « management visuel »…).
  • Lancer des défis motivants à relever en équipe, créer de la compétition et de la coopération.
  • Créer des effets de surprise (dans la conduite des réunions, dans l’organisation des bureaux, dans le style de communication…).
  • Sortir les équipes de leur zone de confort, les accompagner à travailler autrement, avec d’autres outils, d’autres perspectives, d’autres angles de vue…
  • S’entrainer à la visualisation préalable et la modélisation des activités (prototypage).
  • Encourager la mise en exergue des différences et complémentarités, éviter les équipes trop stéréotypées (profils, expériences, compétences…).

Du « flow » à l’innovation ?

Vivre des situations de « flow », ou expériences optimales, ne procure pas seulement de la satisfaction immédiate au moment où cette expérience a lieu, cela donne aussi davantage de sens à notre existence, renforce la confiance en soi et augmente le sentiment d’estime personnelle. C’est donc un cercle vertueux que nous propose Csikszentmihalyi avec ce concept.

Mihaly agrège dans ses recherches cette notion de « flow » avec le principe de créativité, car les deux sont intimement liés. Plus un individu est dans le « flow », plus sa créativité a des chances de se développer, de s’exprimer. L’un de ses ouvrages vise d’ailleurs à expliquer comment et pourquoi « les individus créatifs apprécient la joie du travail bien fait, aiment apprendre et considèrent que c’est là leur plus grande récompense ».

Ses livres traduits en français

  • « Vivre : la psychologie du bonheur » (« Flow : the psychology of optimal experience »).
  • « Mieux vivre en maîtrisant votre énergie psychique » (« Finding Flow : the psychology of engagement for everyday life »).
  • « La créativité : psychologie de la découverte et de l’invention » (« Creativity : Flow and the Psychology of Discovery and Invention »).

crédit photo : Eddy Klaus – Unsplash

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